jeudi 1 juillet 2010

Violences conjugales: l’Espagne veut changer toute l'Europe

Le chef du gouvernement socialiste espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, "féministe" déclaré, a ainsi promis mercredi devant le Parlement européen de faire progresser l’égalité hommes-femmes dans l’UE et d’"éliminer le fléau des violences faites aux femmes".
Loi spécifique, bracelets électroniques, téléphone rouge pour hommes violents, campagnes de sensibilisation: son gouvernement à parité hommes-femmes, lutte depuis plusieurs années sur tous les fronts pour tenter d’éradiquer les violences conjugales.
Des initiatives plutôt efficaces, dans un pays à tradition machiste encore à la traîne en la matière voici peu: l’an dernier, 55 femmes ont été tuées en Espagne par leur conjoint ou ex-conjoint, contre 76 en 2008.
Il s’agit du chiffre le plus bas depuis 2002 (54 femmes tuées) et aussi de la première baisse importante depuis l’entrée en vigueur en 2005 d’une loi contre les violences faites aux femmes, la première du genre en Europe. Elle a permis la création de tribunaux spécialisés et de centres d’attention juridique et psychologique pour les femmes battues.
Madrid a ensuite mis en place d’autres mesures: téléphone rouge pour ceux souhaitant "canaliser" leur violence, bracelets électroniques pour maintenir à distance les hommes violents de leur compagnes ou anciennes compagnes, "téléphones d’urgence" remis aux femmes battues pour pouvoir rapidement contacter les secours en cas de menace.Maria, rencontrée par une journaliste de l’AFP dans un centre pour femmes battues, a été régulièrement frappée par son mari, des années durant.
"Les derniers temps où j’habitais avec cette personne, je ne mangeais plus, j’étais enfermée dans le noir, je n’arrivais pas à me lever du canapé (...) C’est peut-être à ce moment là que j’ai vu une lumière et que je me suis dit 'il faut que je m’en sorte'", se souvient-elle.
Depuis, elle a été prise en charge dans un centre qui apprend aux femmes à reprendre confiance en elles et à retrouver leur place dans la société. Son ex-mari a été jugé, il n’a pas le droit de s’approcher d’elle.Elle porte en permanence un téléphone d’urgence: "s’il se passe quelque chose, et qu’on a le temps d’appeler, on obtient de l’aide presque immédiatement".
Forte de son expérience, l’Espagne veut profiter de sa présidence de l’UE pour accentuer la coopération des Etats membres dans ce domaine.
La ministre de l’Egalité, Bibiana Aido, va promouvoir la création d’un "observatoire européen sur la violence conjugale", initiative qu’elle présentera les 8 et 9 mars à Bruxelles lors d’une réunion des ministres des Affaires sociales.
Elle souhaite aussi "l’établissement d’un ordre européen de protection des victimes", pour que les mesures continuent d’être appliquées lorsque la femme battue "traverse les frontières européennes", une initiative en cours d’élaboration au ministère espagnol de la Justice.
Autre mesure envisagée: la mise en place d’un numéro de téléphone européen unique d’information et d’attention aux victimes. L’Espagne a besoin du soutien formel de cinq pays pour lancer ce numéro.
"Pour l’instant, nous n’avons obtenu le soutien formel que de trois pays, le Portugal, la Finlande et l’Autriche. D’autres se sont montrés intéressés", a indiqué à l’AFP une porte-parole du ministère de l’Egalité.
Bibiana Aido défendra cette initiative la semaine prochaine au Parlement européen.

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