samedi 1 août 2009

Violences conjugales : un mois de prison ferme

Claques, coups de tête : à force de battre sa femme et ses enfants, un homme d'une cinquantaine d'années a été conduit derrière les barreaux...

En 2007, Reza quitte l'Algérie avec son fils aîné pour vivre en France. En mars, il se décide à faire venir le reste de sa famille. Un choix qu'il n'explique pas vraiment, tant il semble nager dans l'incompréhension.

Hier, ce père de cinq enfants, âgé d'une cinquantaine d'années, était jugé selon la procédure de comparution immédiate. Au cœur des débats, des violences régulièrement infligées à sa femme et à deux de ses enfants. Des scènes habituelles jusqu'à ce soir du 22 mai. Les voisins alertent les forces de l'ordre et Reza est placé en garde à vue. Et ses déclarations ne vont pas varier d'une virgule. Jamais il n'a frappé sa femme en France. « En Algérie, oui », indique-t-il par la voix de son interprète, « puisque les hommes ont le droit de battre leurs femmes. Mais en France, non ». Et son fils est selon lui un menteur.

Contradictions

Pourtant, la plupart de ses enfants décrivent un homme et un mari violent, une vie de famille rythmée par les coups, et les verres qu'il avale sans cesse. « Je voudrais qu'il rentre à la maison, mais j'aimerais qu'il arrête de nous frapper et de taper maman », évoquera l'un de ses fils devant les fonctionnaires de police. Car aucune des victimes n'assiste à l'audience. Tous restent cloîtrés par peur de croiser un regard. Lors de son audition, la femme de Reza dépeint une vie de misère. Sans argent, impossible pour elle et ses enfants de repartir

vivre en Algérie. Déraciné, ils doivent subir le pire et se taire.

Face aux témoignages concordants, englué dans ses propres contradictions, Reza tient bon. Il ne comprend pas, il ne frappe pas. Son fils peut-être, mais simplement lorsqu'il rentre tard. Le reste n'est que mensonge. « Pourquoi ? », l'interroge la présidente : « Je ne sais pas ». « Les fonctionnaires ont vu les hématomes, le visage de votre femme, les dégradations dans l'appartement. Ils inventent aussi ? ». « Je ne sais pas qui les a prévenus ».

Dans l'esprit du substitut du procureur de la République, aucun doute. Vincent Jacquey s'attarde sur le poids des traditions, l'alcoolisation massive, les marques sur les visages, avant de requérir huit mois de prison, dont six assortis d'un sursis et d'une mise à l'épreuve de deux ans. « Pour cet homme né en France, la prison ne servirait à rien. Il doit entendre qu'on ne séquestre pas une famille, tout comme un père ne frappe pas ses enfants ». À son tour, Me Baudier plaide une pratique usuelle en Algérie, « même si ce type de pratique est inconcevable en France ».

Reza passera les prochaines semaines derrière les barreaux. Il a été condamné à huit mois de prison, dont sept assortis d'un sursis et d'une mise à l'épreuve de deux ans.

Il devra, par ailleurs, éviter de paraître au domicile conjugal et de rentrer en contact avec ses victimes. Un mandat de dépôt a été délivré à l'audience.

Auteur : Céline TILLIER

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